Culture

Le ruban blanc, de Michael Haneke

Palme d’or au dernier festival de Cannes, « Le ruban blanc » est aussi le premier film que le réalisateur autrichien tourne en allemand depuis longtemps.

Le ruban blanc, un film de Michael HanekeL’Allemagne, juste avant la première guerre mondiale. Dans un paisible petit village protestant, apparemment sans histoires, la violence fait son entrée sous forme d’un accident qui n’en est pas un. Qui a mis ce fil qui a fait chuter le médecin ? Qui l’a enlevé ? Plus que de violence, il est question du mal, d’un fléau qui se manifeste au hasard dans le village et gagne les âmes de ses habitants.

Autour du personnage central (et narrateur) qu’est l’instituteur gravitent les enfants, et au-dessus d’eux leurs parents. Pris dans la tourmente de ces actes dont les coupables ne sont pas toujours clairement identifiés, les êtres se replient dans les règles oppressantes d’une société qui ne font, cruellement, que perpétuer et entretenir ce déferlement aveugle du mal. A cause de la rigidité du pasteur et sa brutale relation avec ses enfants (absence totale de signes d’affection), l’absence de morale du médecin ou le despotisme qu’exerce le baron sur le village, ce sont autant de repères qui sont absents, et qui plongent le village dans cette spirale. Aux manifestations de ce mal pernicieux, les principes dont se targue la société ne sont plus les remèdes, mais au contraire accentuent ce mal, en brisant des hommes, des femmes et des enfants.

Les éclairs de légèreté et autres signes de détente sont très rares, comme des signaux furtifs qui échappent presque à la trame du récit : c’est un regard moins dur, un instant de complicité presque volé entre l’instituteur et sa promise, qui semble elle-même terrifiée à l’idée de se soustraire, ne serait-ce qu’un temps, aux principes moraux. Le reste du récit n’est que violence, qu’elle soit physique (enfants battus) ou psychologique (entre le médecin et sa gouvernante, scène absolument glaçante). Le filigrane consciencieusement déroulé par le cinéaste trouve son aboutissement dans l’épilogue, avec l’assassinat du duc François Ferdinand à Sarajevo, qui a fait basculer l’histoire, et indirectement fera basculer le destin des personnages du film, quelques années plus tard.

La force de Michael Haneke est de rendre ce récit passionnant, en esquivant soigneusement tout effet de manche, dans une réalisation quasi ascéthique. Les longs plans-séquence et les plans fixes permettent au spectateur de s’imprégner de cet univers, à la fois si proche (dans le temps) et si lointain (de par son fonctionnement). La photo, signée Christian Berger, est absolument magnifique, d’un noir et blanc aussi subtil que contrasté. Mais enfin et surtout, il y a des acteurs, tous aussi convaincants les uns que les autres. Les enfants ont demandé 6 mois d’effort à Haneke, avant que celui-ci ne trouve l’intégralité du casting. A la vue du film, on comprend que celui-ci aurait cruellement souffert d’une interprétation approximative. Or, la frontière est tellement bien entretenue entre innocence et cruauté, entre morale et barbarie que l’on est angoissé en voyant le film, et pourtant, cela reste une expérience comme l’on en a peu, un film intense, captivant, qui soulève nombre de questions et donne à s’interroger sur la nature humaine. Un très grand film, assurément.

Le ruban blanc
Un film de Michael Haneke, avec Rainer Bock, Susanne Lothar, Christian Friedel, Leonie Benesch, Ulrich Tukur, Ursina Lardi, Burghart Klaussner
2h24

Bande annonce :