En seulement trois éditions, la Garden Nef Party avait grandi, vite, très vite. Le casting cumulé entre 2007 et 2009 donne le vertige (Arcade Fire, Franz Ferdinand, Phoenix, Iggy Pop and the Stooges, Patrick Watson… et encore tellement d’autres), et le lieu était devenu incontournable.
Pourtant, les premiers nuages étaient apparus en juillet dernier, après une édition un peu en retrait. En retrait en terme de spectateurs, mais aussi de qualité dans la programmation, moins exigeante, mais pourtant au final satisfaisante. La faute à qui, la faute à quoi ? L’an dernier, au moment de boucler le budget, la Comaga (Commune d’agglomération du Grand Angoulême) avait remis en cause une subvention, au motif que les retombées n’étaient pas suffisantes pour les communes alentour, qui mettaient la main à la poche. Pas assez importante pour remettre en cause le bouclage de la programmation, et le succès de la manifestation, mais la brèche était ouverte.
Et le couperet est tombé en début de semaine, net et tranchant : l’association Dingo la Nef a annoncé dans un communiqué son renoncement à tenir l’édition 2010 du festival, qui s’en va « en pleine jeunesse », comme ils disent, comme aussi nombre de rockstars. Après les pleurs, les cris d’indignation, il faut voir plus loin, essayer de comprendre le pourquoi de cette disparition brutale.
Le différend se chiffre : 280 000 euros. Cette somme devait s’additionner aux 170 000 déjà perçus par le festival, et qui provenaient des différentes collectivités territoriales. La somme devait permettre au festival de franchir une étape de plus, de s’imposer pour de bon dans le paysage, malgré la présence, le même week-end, d’autres festivals très courus, en France et en Europe (Benicassim en Espagne, Dour en Belgique, Vieilles Charrues en France). Cette somme est difficilement déboursable, malheureusement. Le 04/12 doit d’ailleurs se tenir à Angoulême une réunion avec les acteurs politiques pour débattre de l’avenir des festivals de la ville, et nul doute que tout le monde devra se serrer la ceinture.
En effet, le festival de la BD a été sauvé in extremis pour la prochaine édition, mais les collectivités ne pouvaient faire plus. Cette décision, aussi cruelle soit-elle pour les amateurs de musiques actuelles, est le résultat direct de la surcharge qui pèse sur les collectivités territoriales. En transférant de plus en plus de choses sur celles-ci, et les recettes ne suivant pas, on assiste à des arbitrages aussi nécessaires que douloureux. Et pour être tout à fait honnête (et votre villageois de ville est un fan absolu de rock) : qui peut arguer de la primauté de la tenue d’un festival de rock devant la réfection d’un lycée, d’une portion de route ? Seulement, à force de tailler dans le gras, et d’attaquer sans cesse les collectivités, c’est la vie locale, culturelle et associative qui est maltraitée, bafouée, résumant nos existences à ce qui était une boutade, mais bientôt une réalité : « métro-boulot-dodo ».
Ce constat et cette colère ne doivent toutefois pas manquer de se poser quelques questions. Pourquoi, en ces temps de crise (avérée) vouloir augmenter de façon aussi substantielle la part des collectivités dans le financement ? C’était courir un risque, dont le résultat était d’ailleurs connu avant même l’étude du dossier. Et… était-ce bien nécessaire ? Le festival a existé avec des moyens réduits, mais une programmation souvent d’excellente qualité. Dans un endroit de la France où les festivals sont encore rares (ou spécialisés), il aurait peut-être été plus judicieux d’assumer une identité plus alternative, faite de groupes moins chers et moins exigeants côté cachets, mais qui aurait trouvé son public, de toute façon. Si la rumeur dit vrai, alors le festival négociait avec les Red Hot Chili Peppers, soit. Outre l’incongruité de ce choix (selon mon avis de villageois de ville), c’était traiter avec un groupe dont le cachet est sûrement indécent et sans aucune adéquation avec le talent : c’est aussi rentrer dans la logique complètement folle de la musique live, qui exige de booker les groupes plus de 8 mois à l’avance.
Au final, que reste-t-il ? Une pétition, sûrement aussi inutile que touchante, un gros sentiment de gâchis et la disparition d’un bel événement. Je ne verrai pas la ferme des Valettes cet été, et j’en suis triste.
















Commentaires