En effet, une semaine après les faits, le conseil des ministres fut l’occasion pour Nicolas Sarkozy de piquer une colère contre les journalistes selon lui imprudentes, qui se seraient aventurés dans une zone qui leur était interdite, colère qui s’est vue confirmer par Claude Guéant, qui a pointé du doigt le risque pour les soldats français, ainsi que le coût de l’opération.
Mais depuis quand faut-il que les journalistes demandent la permission de l’État pour s’aventurer en terrain dangereux ? Dans ce genre de territoires, les journalistes opèrent avec des « fixeurs », qui connaissent le terrain et essaient de dire « on y va ou pas ». Mais cela reste des territoires de guerre, des territoires dangereux où le risque zéro n’existe pas, mais où celui-ci est le prix à payer pour avoir une information qui, justement, ne provient pas seulement du robinet de l’Etat.
Les propos de M. Sarkozy et Guéant ont comme effet déplorable de faire passer les victimes des enlèvements pour des coupables, en plus à priori. Rien ne dit que la récupération des otages ne se fera pas sans dommages, mais en attendant, ce sont les familles et les proches de ces deux journalistes en danger qui sont directement attaqués par les propos du chef de l’État.
Il y a déjà eu des cas de reporters de guerre enlevés, il y en aura d’autres, malheureusement. Mais lors de l’enlèvement de Florence Aubenas en 2005, le gouvernement de l’époque ne fit pas de telles déclarations, mais sûrement est-ce une volonté du gouvernement actuel que de durcir le ton envers les journalistes (comme Nicolas Sarkozy l’a encore fait avec Laurence Ferrari, pourtant pas une journaliste très incisive).
Quant au coût évoqué par l’Élysée, là encore, M. Sarkozy fait deux poids deux mesures : a t-il seulement évoqué la question lorsqu’il a fait libérer Ingrid Betancourt ? Pourtant, en six ans et demie de captivité, combien de déplacements diplomatiques, de tentatives avortées, alors qu’elle aussi avait été enlevée dans une zone de guerre qui lui avait été déconseillée ? Là encore, il convient de s’interroger sur la raison de la colère du chef de l’Etat, mais son attitude envers le service public peut être une source d’explication… Dans tous les cas, il y a actuellement deux journalistes captifs, et leurs proches dans une attente et une angoisse permanentes. Ne les oublions pas.















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