Cet homme de théâtre incontournable avait une gueule, du caractère et du talent. Certes, il s’est mis en danger, mais a écrit, avant de disparaître prématurément, l’essentiel de son œuvre humaniste, qui interpelle, et nous donne envie de le faire vivre et revivre.
Récemment, nous étions invités (1) à écouter, à lire, les lettres de Bernard-Marie Koltes, à sa famille et amies (2). N’allons-nous pas être indiscrets ? Nous seront-elles éclairantes sur le grand dramaturge ? Elles sont lues à deux voix, en français, par un des amis de l’auteur, Bruno Boëglin, fragile et combatif, dans sa mise en scène minimaliste, et en espagnol, par Otto Ricardo Gaytan Silva.
Bernard-Marie Koltes aimait les voyages : « une part de ma vie, c’est le voyage, l’autre, l’écriture. J’écris très lentement. Je n’écris jamais à Paris. Mes idées me viennent toujours en voyage. Mais, à vrai dire, je ne traverse pas la région comme un ethnologue qui voyage pour ensuite collecter des impressions et les exploiter ensuite. L’important, pour moi, c’est d’être isolé » (Une part de ma vie)
Ainsi après la lecture, un film nous amène avec B. Boëglin et François Koltes, le frère, sur les traces de l’écrivain au Guatemala, Costa Rica, Nicaragua, pour de mêmes lectures bilingues, dans une même mise en scène, mais avec des comédiens locaux.
Après avoir vu jadis sa dernière œuvre, « Roberto Zucco », très bien jouée à l’université par des étudiants, peut-être voulais-je en savoir un peu plus sur l’auteur ? Koltes, auteur qui nourrira, comme Jean Genet, et en poète de la marge, une indéfectible empathie pour les colonisés, excolonisés, immigrés, étrangers avec un engagement à gauche, en totale opposition à son père. Nombre de ses pièces sont particulièrement édifiantes : « Combat de nègre et de chiens », « La nuit avant la forêt », « Quai ouest », « Le retour au désert »…
En repoussant les limites, Koltes est en recherche constante de la communication entre les hommes, de la recherche de soi, du dépassement des particularismes, autant de préoccupations encore plus d’actualité, qui nous concernent tous ! Plus de vingt ans après sa mort, ses textes sont traduits en plus de trente langues et joués dans le monde entier
« Faire du théâtre est la chose la plus superficielle, la plus inutile du monde, et du coup on a envie de la faire à la perfection. » Bernard-Marie Koltes
Sur un air de reggae qu’il aimait tant, Koltes revient vers nous et tant mieux s’il nous dérange dans notre prétendu et illusoire confort.
JBC
(1) Théâtre des Quatre Saisons à Gradignan
(2) Éditions de Minuit (2009)
Vera Picado du Costa Rica















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