Hans Seiler était un homme d’une grande discrétion. Dans une lettre écrite en 1950, le peintre Roger Bissière confiait à son ami l’inquiétude qu’il avait de le voir « trop timide pour émerger dans ce monde de requins ». Peut-être est-ce la raison principale pour laquelle la peinture de Hans Seiler est aujourd’hui encore trop peu connue du grand public.
Depuis sa disparition en 1986, pendant une rétrospective de son œuvre au Musée de Bayonne, Katy Drieu-Seiler consacre toute son énergie pour mieux faire connaître l’œuvre de ce père si discret. A ce jour, elle est parvenue à rassembler chez des collectionneurs, des musées et des galeries les photographies de plus de 1000 toiles et gouaches. Des œuvres de sa propre collection sont en ce moment exposées dans la salle des essais au musée des Beaux-Arts de Bordeaux.
Avant de vous parler de cette belle exposition, quelques mots sur cet artiste timide qui passa toute sa vie à mûrir dans le silence une œuvre inestimable.
Hans Seiler fait partie de ces artistes qui ne faisaient pas de la peinture pour gagner leur vie mais pour lui trouver un sens et répondre au besoin intérieur d’une recherche. Rendons hommage à sa femme, institutrice près de Paris où ils habitaient qui a exercé son métier pour que son mari puisse se consacrer à son art.
A partir de 1945 ils passaient régulièrement les vacances en famille dans notre belle région, plus précisément à la Roque-Gageac, petit village de Dordogne où ils avaient acheté une maison sur la colline en 1939. Les paysages du Périgord ont d’ailleurs inspiré à Hans Seiler certaines de ses plus belles toiles et ceux qui connaissent bien l’endroit sauront reconnaître la lumière si particulière à cette contrée verdoyante.
Il faut savoir que Hans Seiler ne peint jamais sur le motif, toujours en atelier, dont l’un est à Paris et l’autre dans le Périgord, très rarement sur de grandes toiles, préférant les petits formats. Avant de se lancer dans ses tableaux, il se promène et observe longuement dans les lieux qu’il aime dont il veut garder le souvenir. Le Périgord bien sûr mais aussi la Bretagne, la Normandie, la Hollande et l’Espagne. Il a l’habitude d’avoir sur lui des carnets dans lesquels il note les croquis nécessaires à ce travail de recomposition qui l’attend, face à la blancheur redoutée de la toile.
Quand il parle de son approche de la peinture, Hans Seiler emprunte souvent une expression chère à Stendhal : la “cristallisation”, voulant dire par là que sa démarche correspond moins à la recherche d’une définition du réel qu’à la volonté de rester fidèle à une impression première dont il souhaite préserver l’essentiel.
Dans l’exposition qui lui est consacrée, une première partie s’attache à la période des années 1940-1950 qui représente des années d’évolution par lesquelles Hans Seiler est passé avant de trouver ce qui fait l’aboutissement de sa peinture. Dépassant l’influence cubiste et fauve, Hans Seiler choisit peu à peu des lignes et des couleurs plus douces, se rapprochant d’un lyrisme contenu qu’il va définitivement adopter. C’est ainsi que dans la seconde partie de l’exposition couvrant les années 1960-1970-1980, on trouve les tableaux qui nous semblent les plus représentatifs de son œuvre. Beaucoup de paysages dans lesquels le ciel occupe une place de plus en plus importante, constituant la part la plus abstraite du tableau qui donne à la toile toute sa profondeur. A côté de ces paysages, quelques intérieurs traversés par un jeu de lumière subtil où l’on trouve toujours une fenêtre ouverte sur l’extérieur qui laisse libre l’imagination du visiteur.
Comme il est difficile de mettre des mots sur ce qui naturellement s’en passe, vous êtes donc toutes et tous invités à venir méditer devant les toiles apaisantes de ce peintre important. Et, faut-il l’avouer, il n’est pas impossible que vous ayez vous aussi l’envie subite de repartir une toile sous le bras pour avoir chez vous, un peu de cette beauté réconfortante.















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