Politique

Intégrismes : une ville au bord de la crise de nerfs

La journée de tous les dangers dans une ville de Bordeaux tiraillée entre deux manifestations s’est déroulée sans heurts mais sous le contrôle d’une invraisemblable armada policière. Le plus important s’est sûrement joué dans un surprenant prologue où Caroline Fourest a vivement dénoncé l’inertie voire la complicité de la presse et de la télévision locale dans cette affaire.

C’est dans un salon de thé charmant de la rue Sainte-Colombe, le Café Cabosse, dans le Vieux-Bordeaux, que Caroline Fourest a dégainé son argumentaire.

On avait pour l’occasion sorti une quarantaine de chaises sur la terrasse pour permettre à des élus locaux de faire face à leurs concitoyens et d’encadrer notre Jeanne d’Arc cathodique prête à bouter les intégristes de toutes obédiences hors de notre belle République.

L’émission « Les Infiltrés », pourtant si décriée, a réveillé notre pas toujours si belle endormie. Maintenant il faut savoir pourquoi nos édiles ont confié les clés de l’église Saint-Eloi à des « nazillons en soutane », expression qui a valu à Villages de Ville de perdre un abonné, ce dont nous venons à peine de nous remettre.

Gilles Savary était auparavant venu nous faire quelques confidences. Il était dans une forme éblouissante, Gilles Savary. Il a si bien digéré sa non-investiture socialiste aux élections européennes qu’il n’a jamais été aussi omniprésent, aussi incisif. Il est vrai qu’on peut lui reconnaître une certaine légitimité dans cette affaire. Lui seul s’est, à l’époque des faits, insurgé contre les manœuvres de notre droite municipale locale dont la philosophie sommaire était la suivante : on a donné Saint-Siméon aux gauchistes (le cinéma Utopia, temple de la radicalité bobo), en contrepartie nous attribuons Saint-Eloi à une extrême-droite catholique qui manipule aussi bien le goupillon que l’attaque commando. Une justice à la Salomon qui autorise un vertigineux numéro d’équilibriste sur le centre-droit, permet de continuer à faire des affaires avec des adeptes de la défiscalisation et du négationnisme, avec des Directeurs d’École qui obtiennent des autorisations d’extension de bureau pour en faire des salles de classe.

Faites un effort pour suivre je vous en conjure, lecteurs de Villages de Ville, car sinon nous n’en sortirons pas de ces Paponeries et je me verrai contraint de vous imposer quelques lignes : « Maréchal nous voilà… », par exemple, ferait remarquablement l’affaire, bon reprenons…

Ce sont ces AFULERIES du Cabinet d’avocat d’un certain Monsieur Rivière, promoteur à ses heures d’établissements et de méthodes pédagogiques très marquées, qui nous amènent petit à petit à reconstituer un puzzle Chabrolien. Les connexions douteuses entre extrême droite et pratiques financières douteuses, entre indulgences de la droite locale et extrême-droite interrogent de plus en plus de monde, à commencer par notre héroïque Caroline Fourest, qui giflera de manière cinglante la presse et la télévision bordelaise inerte voire complice, en cette occasion comme en d’autres.

Caroline Fourest a bel et bien raison, et ce n’est pas l’agressivité dont un journaliste de France 3 témoignera à son égard qui nous fera changer d’avis. Jusqu’à maintenant, tous les scandales politico-financiers qui ont fait surface ont éclos sous les coups de boutoir de Paris, qu’on aime la centralisation ou la déteste.

Souvenons-nous, entre autres exemples, de l’affaire Brunet où l’on a étouffé l’évidence pendant plusieurs années localement pour que cesse un odieux trafic de viande relookée aux produits chimiques.

Alors admirons Caroline Fourest quand elle donne un sévère coup de pied dans la fourmilière médiatique aussi bien que dans les petits arrangements entre notables. Quand elle fustige les politiques de gauche pour leur complaisance envers l’intégrisme musulman, elle n’a pas tout à fait tort mais semble méconnaitre le clientélisme électoraliste mis en place par une UMP qui sait se montrer communautariste en diable et suffisamment docte et experte en matière de double langage.

Sans vouloir nous jeter des fleurs, Villages de Ville dénonce l’absence d’équilibre sur le plan de l’information locale depuis le début de son existence. Il n’y a qu’un groupe de communication à Bordeaux, et quelle que soit notre perception du Journal Sud-Ouest et de TV7, il est vital de créer un mouvement de balancier. Nous nous y appliquons. La fréquentation du site est en progression. Nous recevons pas mal de courriers encourageants. Nous attendons un signe fort des politiques, des militants et des responsables syndicaux mais peut-être aussi des autres. Nous ne serons jamais un organe militant mais une addition de subjectivités sur des sujets polémiques. Parfois nous quittons l’univers du web pour des dossiers papier, quand l’urgence politique et sociale le demande. Les véritables questions vont pouvoir être traitées et les enquêtes gênantes menées.

Et à cette condition là, cet intégrisme aura eu la curieuse particularité de nous faire retrouver notre intégrité.


Toutes les photos sont d’Anne FRIBOURG. Un grand merci à elle.

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