Culture

L’éphémérité durable* de la photographie

Une galerie éphémère a ouvert ses portes rue du Palais-Gallien. Nadège Petrucci et Cécile Lhermitte ont été jusqu’au bout d’un vieux rêve. Les photos du vernissage sont d’Anne Fribourg.

Quand on descend la Rue du Palais-Gallien en venant de la place Gambetta, celle-ci perd ses saveurs orientales pour s’embourgeoiser quelque peu à la vue des ruines antiques. C’est là, à deux pas de la rue Fondaudège, que deux jeunes photographes indépendantes ont décidé d’exposer leur travail. Ce choix d’un emplacement éphémère est-il lié à cette mode qui consiste à faire éclore des magasins provisoires qui fermeront aussi vite qu’ils ont levé le rideau ?

A ce nouveau concept épousant au plus près notre appétit insatiable de changement ? A combattre notre lassitude de plus en plus prompte à s’installer ?

Et bien non, pas du tout. Pour Cécile Lhermitte et Nadège Petrucci, il s’agissait simplement de saisir une opportunité locative jusqu’au mois de décembre, voilà tout. Elles sont professionnelles de la photo, travaillant aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises mais entendent bien rester des artistes. Des artistes qui s’exposent, et en cette occasion, dans une totale indépendance.

De toute évidence, l’occupation de l’espace et sa distribution n’ont pas posé un réel problème. Un coté pour Nadège, l’autre pour Cécile. Leur thème commun : la ville. Une ville New-Yorkaise, souvent en plan panoramique pour Nadège, en noir et blanc ou en couleurs. Des clichés pas trop « clichés », pris depuis depuis des terrasses de buildings ou sous des ponts. Un univers à la Woody Allen ou à la Scorsese, susceptible de créer une atmosphère un zeste plus glamour et frénétique à votre échoppe d’architecte, surtout si vous choisissez des grands formats encadrés dans « une caisse américaine ».

On peut aimer photographier New York et se distinguer dans des représentations de Bordeaux, même sur des « spots » relativement célèbres et encensés. Un brin de décalage suffit. Nadège nous le prouve tout en s’attaquant à un sujet qui met bordelais et région bordelaise sous le pressoir et parfois au fond d’une cuve d’idées toutes faites : le vin. La manière dont elle le traite bouscule pourtant quelque peu nos appréhensions : elle « gèle » la mythologie et la représentation figée de nos vignes et de notre or rouge en saisissant des grains de raisins plongés dans de la glace. Nos propriétaires de châteaux aimeront ou détesteront. Question de recul.

Quand Cécile L’Hermitte nous montre Bordeaux, c’est l’architecture 60-70 qu’elle choisit : la fameuse caserne des pompiers de Feret sur la rive droite classée UNESCO dans toute sa fulgurance, son aplomb, vraiment approchée sous un angle improbable qui a surpris votre villageois de ville. Une belle série concernant le quartier Mériadeck, si décrié pendant des décennies et revenant actuellement en force au centre des questions de politiques locales d’urbanisme nous révèle des atours avantageux que nous ne voulions pas voir. Pour compléter et satisfaire les éternels amateurs de voyage qui ne se consoleront jamais de ne pas être des Pierre Loti du vingt et unième siècle, notons quelques vues du Maroc qui plairont sans nul doute aux amateurs du genre.

Si vous souhaitez venir visiter la galerie le mieux est de téléphoner avant.

Nadège Petrucci : 0650909546
Cécile L’hermitte : 0661888578

ou

http://www.nadege-petrucci.com http://cecile.lhermitte.free.fr/

P.-S.

* Emprunt au néologisme et oxymore utilisé par Michèle Delaunay pour titrer un de ses derniers livres.

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