Sport

Tigana, pour retrouver les sommets

Retour aux sources pour Jean Tigana, qui a été choisi pour succéder à Laurent Blanc à la tête des Girondins de Bordeaux. Gros challenge pour celui qui a tout gagné (ou presque) avec la maillot au Scapulaire, mais le personnage a déjà prouvé ses ressources.

Une première vie de joueur

Le joueur Jean Tigana a derrière lui une carrière exceptionnelle. Arrivé en 1981 aux Girondins, il y a tout gagné ou presque : trois titres de champion de France (1984, 1985, 1987) et deux coupes de France (1986, 1987). A l’échelon international, le natif de Bamako a également remporté l’Euro (1984) et terminé troisième de la Coupe du Monde 1986. Bref, sa première vie de joueur l’a fait passer de l’ASPTT Marseille à l’OM, où il finira sa carrière, frôlant même en 1984 la récompense individuelle suprême, le Ballon d’Or, où il finira second.

Personnage marquant du paysage footballistique, de par son fort caractère et un tempérament affirmé, il arrête sa carrière en 1990 et se consacre à son château dans le Haut-Médoc, cru Bibian-Tigana. En effet, en 1987, celui qui est alors encore footballeur décide d’investir dans ce château, renforçant ainsi l’image qu’il a, celle d’un homme qui a plusieurs facettes, un pied sur le terrain mais un amour sincère pour la vigne.

Un entraîneur à succès… dans la douleur

Par jeu de hasard, les deux univers vont se rencontrer, le temps d’une dégustation de vin. De fil en aiguille, le voici propulsé à la tête de l’Olympique Lyonnais, où il rencontre un très beau succès puisque le club termine second, ce qui n’était jamais arrivé. La suite de son parcours de coach le mènera à Monaco (un titre de champion de France en 1997, demi-finales de Ligue des Champions en 1998), où il aidera à l’éclosion de ce duo magnifique qu’était Henry - Trézéguet. Mais le fort caractère de l’homme et les problèmes de l’équipe entraînent son licenciement, mais Jean Tigana va rebondir, une fois de plus. Sans appréhension, il se lance dans l’aventure de Fulham, obscur club de Londres qui se morfond dans les divisions inférieures, mais qui bénéficie du soutien de son propriétaire, Mohammed El-Fayed. Les compétences de l’homme à l’allumette mais aussi sa capacité de résistance lui permettront d’amener le club jusqu’à la premier League, avant que les rapports ne se détériorent avec le président du club. Démission ! Nous sommes en 2003, en avril. Le procès intenté par El-Fayed pour commissions sur des transferts est remporté par Tigana, mais les conséquences sembleront le poursuivre.

En 2004, il fait partie des candidats pour la succession de Jacques Santini au poste de sélectionneur de l’équipe de France (au même titre que… Laurent Blanc). Finalement non retenu, alors qu’il semblait avoir la côte, Jean Tigana tempête et semble fâché avec les instances du foot français, contre lesquelles il évoquera ses soupçons de racisme. D’ailleurs, ce n’est pas en France qu’il rebondit, mais en Turquie, où il prend en main la destinée de Besiktas, club avec lequel il remporte deux Coupes nationales… avant de démissionner en 2007 !

Une vie loin des terrains

L’ancien milieu de terrain se consacre alors totalement à son vignoble. Ayant revendu son château dans le Médoc, on le retrouve du côté de Cassis, où il possède la Dona Tigana, où il produit du blanc et du rosé. L’univers du foot semble bien loin pour lui, il ne semble d’ailleurs pas demandeur, lui dont le nom revient plus ou moins régulièrement quand un poste d’entraîneur se libère. Très discret dans les médias, il n’occupe nullement le terrain médiatique, pas même en tant que consultant. Il consacre en revanche beaucoup d’énergie à son association humanitaire, l’Association pour l’Assistance et l’Approvisionnement Médical du Mali, qui lui permet de rendre à ce pays qui l’a vu naître. Toujours avec beaucoup de discrétion, il s’efface au profit de la cause qu’il défend. A ce moment-là, Jean Tigana est encore loin des terrains.

Bordeaux, un immense défi

15 mai 2010. Le club au Scapulaire vient de conclure de façon pathétique une saison qui avait tout pour être exceptionnelle. Laurent Blanc s’en va rejoindre un autre chantier, les ruines du club nécessitent un caractère fort à sa tête. Les noms circulent, comme souvent, celui de Jean Tigana apparaît. Mais cette fois-ci, la rumeur prend de l’épaisseur, et le 25 mai, c’est le retour au club de Jean Tigana.

Le défi est colossal. A une fin de saison catastrophique est venue s’ajouter pour certains une coupe du Monde traumatisante (Gourcuff, Diarra), mais on peut aussi rajouter les velléités de départ de certains, le flou artistique pour les autres, le départ entériné de Chamakh. Il va falloir rebâtir, repartir sinon de zéro, mais en tout cas avec pas mal d’humilité et apparemment peu de moyens (enfin, le château du Haillan ne laisse jamais filtrer beaucoup de rumeurs de magot caché). Il va donc falloir en relancer certains, s’appuyer sur d’autres, lancer quelques jeunes et recruter intelligemment. Si son discours de reprise sent bon la langue de bois, Jean Tigana sait tout ça. Il sait aussi que la discipline qu’il a toujours faite respecter en tant que coach est indispensable pour retrouver le haut du classement. Son rôle n’est ni plus ni moins que de faire aussi bien avec moins. Un challenge taillé pour lui, c’est en tout cas ce qu’espèrent les supporter des Girondins.

Commentaires