Joachim Zand est producteur de spectacle. Passé par la case « télévision », il a tout plaqué, dont femme et enfants, pour revenir sur le devant de la scène (ou du moins l’espère t-il) avec un spectacle de « new burlesque » importé des Etats-Unis. Le « new burlesque » regroupe des spectacles entre cabaret, strip-tease et comédie musicale, et ici, ce sont cinq femmes et un homme qui occupent le devant de la scène, guidés (plus ou moins) par Joachim (Mathieu Amalric), qui tente tant bien que mal de gérer cette troupe, faite de caractères marqués et cimentée par l’envie de vivre une aventure excitante dans un pays fantasmé avec un objectif central : Paris ! Évidemment, rien ne va se passer comme prévu…
Audacieux, il fallait l’être pour se lancer dans ce road-movie chaotique, où il est question de déception, d’abandon et de vie heurtée, dans laquelle les individus s’effeuillent mais restent pudiques. Toutes ont un compagnon, un mari, un être qui manque quelque part et dont le souvenir les rattrape le soir, quand la fête n’est pas au rendez-vous. Habituées à mener leurs numéros seules, ces femmes vont former une famille pour faire face aux galères de la route, aux nuits passées dans les hôtels. A leur tête, Joachim mène tant bien que mal la barque, délègue, distribue les bons points parce qu’il a une immense tendresse pour ses artistes, s’engueule avec les autres parce qu’il est borné, opportuniste, fier, et au final ressemble à une tornade étrange, parfois simplement maladroit, parfois odieux.
Et c’est dans la finesse des relations entre ces femmes et cet homme qui semble les diriger mais qui, au contraire, cède à leurs moindres caprices, que se construit le film. Tour à tour virevoltant et aérien, « Tournée » se construit au plus près des individus, car ce sont eux qui sont le cœur de la tournée. Derrière ces numéros d’effeuillage, les questions affluent, les thématiques nous interpellent : rapport au corps, féminité, exubérance, rapport entre artistes et manager, vie sur la route et vie de famille. Et par touches subtiles, le réalisateur nous fait aimer ces femmes dans leur vulnérabilité, leur façon d’être, la confiance qu’elles affichent. Joachim aimerait sans doute avoir cette même force, mais il n’est qu’un être sans certitudes, qui a toujours plus ou moins construit sur du sable et se raccroche à ce qu’il a : ces femmes, magnifiques et fortes. La poésie qui habite la dernière partie du film est à l’image de ce film, débuté dans la chaleur d’une salle de spectacle et fini dans l’intimité d’un couple improbable. M. Amalric a brillamment réussi son premier film : on attend la prochaine tournée.
Tournée, de Mathieu Amalric, avec Miranda Colclasure, Suzanne Ramsey, Linda Maracini, Julie Ann Muz, Angela de Lorenzo, Mathieu Amalric…
Bande-annonce :















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